Comprendre ses besoins fondamentaux
Cet article est lié au parcours Monogamie consciente – Prendre soin du lien, en particulier au Carnet 3 sur les règles invisibles et le pacte relationnel.
Introduction
Créer un couple qui vous ressemble, ce n’est pas suivre une méthode figée. C’est explorer, ajuster, expérimenter. C’est souvent un chemin non-linéaire, où l’on avance à la fois par valeurs et par comportements, dans un mouvement de va-et-vient constant.
Par « valeurs », on entend ici ce qui fait sens pour vous, ce qui vous semble juste, essentiel, ou non-négociable dans un lien, vos besoins profonds.
Pas des règles morales imposées de l’extérieur, mais des repères internes — souvent liés à vos besoins, vos limites, vos aspirations profondes. Par exemple : l’honnêteté, la sécurité, la loyauté, être reconnu·e, être compris·e, se sentir aimé·e…
Certain·es commencent naturellement par une réflexion sur leurs valeurs fondamentales, puis organisent leur lien en fonction. Par exemple : « L’important pour moi c’est que notre couple soit un refuge, et nos règles de fonctionnement doivent respecter cette valeur-là. »
D’autres préfèrent poser d’abord des règles concrètes, expérimenter dans le quotidien, puis faire émerger les valeurs à travers les situations vécues. Par exemple : « Quand tu as passé la soirée à parler avec cette personne, je me suis senti·e très mal, et je me rends compte que j’ai besoin qu’on définisse des moments d’exclusivité affective, pour me sentir en sécurité dans le lien. »
Aucune de ces voies n’est meilleure que l’autre : elles sont simplement différentes, et souvent, elles se croisent, se complètent, se répondent, dans un mouvement cyclique entre fondements et règles de fonctionnement, entre valeurs et expérimentation.
Deux chemins d’entrée vers le couple conscient
Par les valeurs, les besoins fondamentaux
Partir de ce qui compte, de ce qu’on veut vivre en profondeur, puis ajuster les comportements pour rester fidèle à ces principes.
C’est un chemin qui commence par des questions : Qu’est-ce qui est essentiel pour moi dans un couple ? De quoi ai-je besoin pour me sentir en sécurité ? Qu’est-ce qui me permet de m’épanouir ? Qu’est-ce qui, au contraire, me fait sentir que je me perds ?
Ces questions peuvent sembler abstraites, mais elles permettent de clarifier le cap avant de définir les actions. Et une fois les valeurs identifiées, il devient plus facile de poser des règles qui ont du sens, plutôt que de reproduire des scripts hérités.
→ Identifiez vos valeurs avec le Carnet PSL 3 – Les règles invisibles & le pacte relationnel
Par les comportements, les règles de fonctionnement
C’est une approche plus expérimentale : poser une règle, tester une organisation, voir ce que cela provoque en soi et dans la relation. C’est par le vécu que les repères profonds émergent.
On ne sait pas toujours à l’avance ce qui nous convient vraiment. On peut penser qu’une certaine liberté sera confortable, et découvrir qu’elle crée de l’insécurité. On peut penser qu’une certaine proximité sera étouffante, et réaliser qu’elle nous rassure.
C’est en vivant qu’on comprend. Et cette compréhension permet ensuite d’ajuster, de reformuler, de construire des règles qui ne sont plus arbitraires, mais ancrées dans une connaissance réelle de soi.
Ces deux chemins ne s’opposent pas : ils forment souvent un cercle vertueux, où chaque niveau nourrit l’autre. Un comportement crée une réaction, qui révèle une valeur, qui inspire une nouvelle règle, et ainsi de suite.
Expérimenter pour se découvrir
Poser des règles concrètes permet de :
- Clarifier l’action, même si la vision n’est pas encore parfaitement définie,
- Donner un cadre temporaire, qui sécurise et permet d’avancer,
- Observer ses réactions réelles, et non ses théories.
Et surtout, cela ouvre à des surprises positives. On pensait mal vivre une situation… et elle se passe bien.
On pensait être à l’aise… et quelque chose coince.
Chaque expérience devient alors une source d’apprentissage — non pas seulement sur la relation, mais aussi sur soi-même.
Dans un couple monogame, cette expérimentation peut concerner beaucoup de choses :
– Combien de temps ensemble / séparé·es avons-nous besoin ?
– Quelle place donnons-nous à nos ami·es, à nos familles, à nos projets personnels ?
– Comment gérons-nous les désaccords, les silences, les moments de distance ?
– Qu’est-ce qui nous fait sentir aimé·e, considéré·e, en sécurité ?
→ Expérimentez avec le Carnet PSL 1 – Prendre soin du lien
Le droit à l’erreur : clé d’une relation évolutive
Dans toute démarche fondée sur l’expérimentation, il est essentiel de reconnaître :
- Que tout ne peut pas être anticipé,
- Que parfois, on pense que ce sera supportable… mais ce ne l’est pas,
- Et que ce décalage entre attente et vécu n’est pas une faute.
Nos têtes peuvent être claires, mais nos tripes, elles, réagissent selon nos histoires, notre culture, nos mémoires affectives.
Il est donc normal de croire être prêt·e, et de découvrir que quelque chose reste difficile, inconfortable ou douloureux.
Ce qu’il faut, c’est pouvoir en parler vite, sans se juger ni juger l’autre, pour que le frottement ne devienne pas une blessure, une trace silencieuse plus difficile à réparer.
Avancer par petits pas, avec prudence, permet souvent d’éviter les chocs trop violents. Cela donne aussi le temps d’intégrer émotionnellement ce qui a été compris mentalement.
Et surtout :
Ne pas s’en vouloir quand quelque chose coince.
Ne pas en vouloir à l’autre quand ce qui semblait ok ne l’est plus.
Ce n’est pas une trahison. C’est une occasion de mieux se comprendre.
→ Apprenez à réparer avec le Carnet PSL 4 – Communication, tensions et réparation
Entre peur réelle et insécurité personnelle : faire la distinction avec nuance
Une émotion forte est parfois disqualifiée trop vite :
« C’est juste de la jalousie. »
« Tu devrais gérer ça. »
« Ce n’est pas rationnel. »
Mais une peur peut être fondée.
- Si je suis face à une situation qui détruit ma confiance, qui marginalise ma place, ou qui me montre un non-respect, ce n’est pas une insécurité abstraite.
→ C’est un tigre. Le danger est réel. - Si, au contraire, tout est clair et respectueux, mais que je me sens dévalorisé·e ou paniqué·e, alors cela parle peut-être de mes attachements passés, de mon vécu personnel.
→ C’est une araignée. Elle fait peur, mais elle ne m’attaque pas.
Cette distinction demande du recul. Elle ne doit pas servir à hiérarchiser les émotions, mais à mieux les comprendre — et à choisir les bons leviers : poser une limite, ou explorer une peur intérieure.
Dans un couple monogame, cette distinction est particulièrement importante. Parce que l’exclusivité peut masquer des dynamiques problématiques sous prétexte qu’il n’y a « pas de menace extérieure ». Mais une peur peut être légitime même sans tiers : une distance émotionnelle, un manque de considération, un désinvestissement progressif sont des signaux réels, pas des insécurités à déconstruire.
→ Explorez vos peurs avec le Carnet PSL 5 – Attachement, insécurités et schémas
Ajuster, ensemble, en conscience
Pour que l’expérimentation fonctionne, il faut des espaces de parole réguliers, où :
- On fait le point sur ce qui a été vécu,
- On ajuste les règles si nécessaire,
- On reformule les besoins et les attentes qui émergent.
Ces moments de recul partagés évitent que les malaises se figent, et permettent à chacun·e de se sentir entendu·e, considéré·e, et co-responsable du lien.
Dans un couple monogame, ces moments peuvent prendre la forme de :
– Bilans réguliers (mensuels, trimestriels…)
– Conversations après des moments difficiles
– Temps dédiés à parler du couple, hors du quotidien
– Rituels de connexion où l’on se dit vraiment les choses
Ce n’est pas lourd. C’est ce qui permet au lien de rester vivant.
→ Créez vos rituels avec le Carnet PSL 1 – Prendre soin du lien
Vers une confiance fondée sur les valeurs communes
Avec le temps, ce processus peut aboutir à quelque chose de plus fort que les règles : une confiance enracinée dans une vision partagée.
Quand deux personnes :
- Ont clarifié leurs valeurs fondamentales,
- Ont expérimenté avec honnêteté,
- Ont appris à se dire les choses tôt et sans jugement…
…alors le lien se stabilise. Le besoin de règles strictes diminue.
Chacun·e peut gérer le concret de manière autonome, parce que la philosophie relationnelle est claire et alignée.
C’est un chemin. Il prend du temps. Mais il ouvre sur une maturité affective rare et précieuse.
Dans un couple monogame conscient, cela signifie qu’on n’a plus besoin de surveiller, de vérifier, de s’inquiéter à chaque mouvement. On sait ce qui compte pour l’autre. On sait ce qui compte pour soi. Et on sait que ces deux ensembles se rejoignent sur l’essentiel.
Conclusion : la profondeur peut naître de l’action
On peut entrer dans une monogamie consciente par les idées, ou par les actes.
Ce qui compte, c’est de rester ouvert·e au dialogue, à l’ajustement, à l’écoute de soi et de l’autre.
Comprendre ses besoins fondamentaux, ce n’est pas un exercice théorique. C’est un processus vivant, qui se nourrit autant de l’introspection que de l’expérimentation partagée.
Et c’est ce qui transforme une monogamie subie en monogamie choisie.
Ce qui transforme un cadre imposé en un lien créé.
Ce qui transforme deux personnes qui suivent le script en deux personnes qui écrivent leur propre histoire.
Pour aller plus loin :
- → Parcours complet : Monogamie consciente – Prendre soin du lien (PSL)
- → Carnets dédiés :
- → Concepts CR associés :
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