Monogamie consciente : créer une exclusivité qui vous ressemble vraiment
Vous êtes en couple monogame. Vous n’avez pas envie d’ouvrir votre relation. Vous ne vous reconnaissez pas dans le polyamour. Et pourtant, quelque chose vous dérange dans la manière dont vous vivez votre couple. Pas forcément un problème grave. Plutôt un sentiment diffus que vous suivez un script qui ne vous appartient pas vraiment. Bienvenue dans la monogamie consciente : l’art de créer une exclusivité sur-mesure, loin des normes imposées.
Quand la monogamie devient un choix (et non plus un automatisme)
La plupart des couples sont monogames. Par défaut. Par évidence. Parce que c’est « comme ça qu’on fait ». Parce que c’est rassurant. Parce que c’est attendu. Parce que personne n’a jamais proposé autre chose.
Cette monogamie-là, celle qui ne se questionne jamais, celle qui ne se choisit pas vraiment, c’est ce qu’on appelle la monogamie par défaut. Elle fonctionne pour beaucoup. Mais elle peut aussi devenir une cage invisible. Un ensemble de règles non dites, de contraintes implicites, d’attentes qui pèsent sans qu’on sache exactement pourquoi.
Et si vous refusiez cette monogamie automatique ? Si vous décidiez de créer votre propre version de l’exclusivité ? Une version qui vous ressemble vraiment, qui respecte vos valeurs, vos besoins, vos limites ? Une version vivante, évolutive, lucide ?
C’est précisément ce qu’est la monogamie consciente.
Monogamie par défaut vs monogamie consciente
La monogamie par défaut, c’est :
- Ne jamais avoir vraiment choisi, juste suivi le modèle
- Appliquer des règles implicites sans savoir d’où elles viennent
- Croire qu’il n’y a qu’une seule manière d’être monogame
- Ne jamais remettre en question le cadre, même quand il ne convient plus
- Avoir peur de parler de certaines choses (désirs, attirances, besoins)
- Penser que questionner = vouloir ouvrir
- Vivre dans l’illusion que « ça devrait marcher tout seul »
La monogamie consciente, c’est :
- Choisir activement l’exclusivité (pas juste la subir)
- Définir ensemble ce que « monogame » signifie pour vous
- Créer votre pacte relationnel plutôt que suivre un script social
- Ajuster régulièrement ce qui ne fonctionne plus
- Parler de tout, même des sujets inconfortables
- Accepter que le lien évolue sans paniquer
- Construire votre singularité relationnelle, même en restant exclusifs
→ Article fondateur : Créer la singularité relationnelle… oui, mais comment ?
Les principes de la Créativité Relationnelle® appliqués à la monogamie
La Créativité Relationnelle® n’est pas réservée aux couples non-exclusifs. C’est une approche qui s’applique à toutes les formes relationnelles, y compris — et surtout — la monogamie.
1. La singularité relationnelle
Il n’existe pas une seule bonne manière d’être monogame. Il y a celle qui vous ressemble.
Certains couples monogames vivent ensemble depuis le premier jour. D’autres gardent deux appartements. Certains partagent tout. D’autres préservent des territoires personnels. Certains fonctionnent par fusion. D’autres par autonomie.
Aucune de ces configurations n’est meilleure qu’une autre. Ce qui compte, c’est qu’elle soit choisie consciemment, pas subie par habitude ou par peur du jugement.
→ Concept clé : Singularité relationnelle : créer un lien à votre image
2. Le pacte vivant
Dans la monogamie par défaut, on suppose que tout le monde sait ce qui est attendu. On ne pose rien explicitement. On fonctionne sur des sous-entendus, des « évidemment », des « normalement ».
Dans la monogamie consciente, vous créez un pacte vivant. Un ensemble d’accords explicites, négociés, qui évoluent avec vous.
Ce pacte peut inclure :
- Ce que « fidélité » signifie pour vous (est-ce que flirter, c’est OK ? Embrasser quelqu’un d’autre ? Avoir des amitiés intimes ?)
- Comment vous gérez les attirances extérieures (en parlez-vous ? Les taisez-vous ?)
- Vos besoins en termes de temps seul·e, de temps ensemble, de temps avec d’autres
- Vos territoires personnels et partagés
- Vos rituels de connexion
- Comment vous ajustez quand quelque chose ne va plus
Important : Ce pacte n’est pas gravé dans le marbre. Il se réévalue. Il respire. Il grandit avec vous.
→ Concept clé : Pacte vivant : co-écrire le lien plutôt que le contracter
3. L’écologie du lien
L’écologie du lien, c’est regarder ce qui nourrit votre relation et ce qui l’épuise. Ce qui la fait respirer et ce qui l’étouffe. Ce qui apporte de la vie et ce qui apporte de la lourdeur.
Dans un couple monogame, on a tendance à tout mélanger. Tout partager. Tout vivre ensemble. Et parfois, ça crée une forme d’asphyxie.
L’écologie du lien vous invite à observer :
- Quels sont vos appuis relationnels ? (Ce qui vous fait tenir ensemble)
- Où sont vos zones de friction ? (Ce qui crée de la tension récurrente)
- Quels sont vos territoires ? (Personnels, partagés, négociables)
- Qu’est-ce qui nourrit chacun·e de vous ? (Et est-ce compatible ?)
Parfois, prendre soin du lien, c’est accepter de ne pas tout partager. De garder des espaces à soi. De respecter les différences plutôt que de les gommer.
→ Concept clé : Écologie du lien : penser la relation comme un écosystème vivant
→ Outil pratique : Nos territoires du couple
4. Le coajustement
Le compromis, dans la monogamie classique, c’est souvent : l’un·e cède, l’autre gagne. Ou les deux cèdent un peu, mais personne n’est vraiment satisfait·e.
Le coajustement, c’est différent. Ce n’est pas une négociation où on perd tous les deux. C’est une danse où on trouve une troisième voie, qui respecte les besoins de chacun·e sans que personne ne se renie.
Exemple concret :
Vous avez besoin de beaucoup de temps seul·e. Votre partenaire a besoin de beaucoup de temps ensemble.
Compromis classique : Vous passez un temps « moyen » ensemble, et personne n’est content·e.
Coajustement : Vous identifiez quels moments ensemble sont vraiment nourrissants (dîners calmes, balades, discussions profondes) et vous les préservez. Le reste du temps, chacun·e fait ce dont iel a besoin. Vous créez une solution qui nourrit les deux.
→ Concept clé : Coajustement : danser à deux sans se tordre
→ Article : Égalité, compromis, équivalence : 3 modèles pour réinventer le couple
5. La lucidité relationnelle
La lucidité, ce n’est pas le cynisme. Ce n’est pas regarder son couple en cherchant ce qui ne va pas. C’est regarder ce qui est vraiment, sans filtre romantique, sans déni, sans idéalisation.
Dans la monogamie par défaut, on a tendance à :
- Faire comme si tout allait bien alors que ça ne va pas
- Ne pas voir les signes d’usure
- Croire que « l’amour suffit »
- Penser que les problèmes vont se régler tout seuls
Dans la monogamie consciente, vous acceptez de voir :
- Ce qui fonctionne encore (et pourquoi)
- Ce qui ne fonctionne plus (et depuis quand)
- Ce qui a changé en vous, en l’autre, entre vous
- Ce dont vous avez vraiment besoin (pas ce que vous devriez vouloir)
Cette lucidité peut faire peur. Mais c’est elle qui permet d’ajuster avant que tout explose.
→ Concept clé : Lucidité relationnelle : voir clair, sans fuir, sans blesser
Les questions que se posent les couples en monogamie consciente
« Est-ce qu’on peut parler d’attirance pour d’autres personnes ? »
Oui. Dans la monogamie consciente, vous pouvez décider que les attirances extérieures ne sont pas un tabou. Que les ressentir ne signifie pas que votre couple va mal. Que vous pouvez en parler sans que ce soit une menace.
Certains couples choisissent de tout partager. D’autres préfèrent ne pas entrer dans les détails. L’important, c’est que ce soit votre choix, pas un interdit imposé.
« Est-ce que ça veut dire qu’on va ouvrir ? »
Non. La monogamie consciente, ce n’est pas une étape vers l’ouverture. C’est une manière de vivre l’exclusivité autrement. Vous pouvez très bien décider que l’exclusivité est non-négociable pour vous, tout en créant un modèle relationnel sur-mesure.
« Comment on fait si nos besoins sont incompatibles ? »
Vous en parlez. Vous explorez. Vous cherchez des coajustements. Et si vraiment, après avoir tout essayé, vos besoins fondamentaux sont inconciliables, vous acceptez cette réalité. Ce n’est pas un échec. C’est de la lucidité.
→ Article : Quand l’amour fait mal : bienveillance ou respect de soi, faut-il choisir ?
« Est-ce que ça ne complique pas tout ? »
Au début, oui, ça peut sembler plus complexe. Parce que vous sortez du pilote automatique. Vous vous posez des questions. Vous nommez des choses qui étaient floues.
Mais à long terme, c’est exactement l’inverse. Vous évitez les non-dits. Les ressentiments. Les frustrations accumulées. Vous créez un lien plus clair, plus honnête, plus solide.
Comment commencer à construire une monogamie consciente ?
Étape 1 : Faire un état des lieux
Avant de changer quoi que ce soit, observez ce qui est vraiment.
Questions à vous poser (seul·e d’abord, puis ensemble) :
- Comment va notre relation aujourd’hui ? (Sans filtre, sans jugement)
- Qu’est-ce qui me nourrit dans ce couple ?
- Qu’est-ce qui me pèse ou me frustre ?
- Qu’est-ce que je ne dis pas ? (Et pourquoi ?)
- Qu’est-ce que j’aimerais ajuster ?
→ Outil complet : État des lieux du couple
Étape 2 : Identifier vos valeurs et vos besoins
La monogamie par défaut repose sur des règles. La monogamie consciente repose sur des valeurs.
Questions à explorer :
- Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi dans une relation ? (Honnêteté, liberté, sécurité, intimité, autonomie…)
- Quels sont mes besoins fondamentaux ? (Temps seul·e, temps de qualité ensemble, reconnaissance, désir, stabilité…)
- Quelles sont mes limites non-négociables ?
→ Outil complet : Poser des règles et repérer les valeurs
Étape 3 : Ouvrir le dialogue
Une fois que chacun·e a clarifié ses propres besoins et valeurs, parlez-en ensemble.
Comment aborder la conversation :
- Commencez par ce qui fonctionne (ancrez-vous dans le positif)
- Exprimez vos besoins sans accuser (« J’ai besoin de… » plutôt que « Tu ne fais jamais… »)
- Écoutez vraiment l’autre (sans défendre, sans justifier)
- Cherchez des coajustements (pas des compromis où tout le monde perd)
→ Article : Apprendre à aimer les conflits
Étape 4 : Créer votre pacte relationnel
À partir de vos échanges, formalisez ce qui compte pour vous. Pas besoin d’un contrat légal. Juste une conversation honnête qui pose des repères clairs.
Votre pacte peut inclure :
- Comment vous gérez les désaccords
- Vos rituels de connexion (dîners, balades, check-ins réguliers)
- Vos territoires personnels et partagés
- Comment vous parlez (ou pas) de vos attirances extérieures
- Comment vous ajustez quand quelque chose ne va plus
- Ce qui est sacré pour vous dans ce lien
→ Outil complet : Réévaluer notre pacte relationnel
Étape 5 : Ajuster régulièrement
Votre pacte n’est pas figé. Vous évoluez. Vos besoins changent. Votre relation aussi.
Créez des moments de « check-in » réguliers :
- Une fois par mois minimum
- Dans un cadre calme, sans distraction
- Pour faire le point sur ce qui va, ce qui ne va plus
- Pour célébrer ce qui fonctionne
- Pour ajuster ce qui doit l’être
→ Parcours complet : Prendre soin du lien
Les pièges à éviter en monogamie consciente
Piège n°1 : Croire qu’il faut tout partager
La monogamie consciente ne signifie pas fusion totale. Vous pouvez avoir des territoires personnels. Des amitiés qui n’incluent pas l’autre. Des passions, des intérêts, des moments à vous.
Parfois, prendre soin du lien, c’est accepter de ne pas tout mélanger.
→ Article : Totale transparence ou jardin secret ?
Piège n°2 : Penser que questionner = vouloir ouvrir
Interroger votre fonctionnement de couple ne signifie pas que vous voulez ouvrir. Ça signifie que vous voulez être lucide. Que vous refusez le pilote automatique. Que vous prenez votre couple au sérieux.
Piège n°3 : Vouloir tout résoudre d’un coup
Construire une monogamie consciente, c’est un processus. Pas un événement ponctuel. Vous allez avancer par paliers. Parfois reculer. Parfois stagner. C’est normal.
Piège n°4 : Se comparer aux autres
Chaque couple est unique. Ce qui fonctionne pour vos ami·e·s ne fonctionnera peut-être pas pour vous. Et inversement. La singularité relationnelle, c’est précisément ça : créer ce qui vous ressemble, même si ça ne ressemble à rien d’autre.
Monogamie consciente et sexualité
La sexualité, dans la monogamie par défaut, c’est souvent un sujet tabou. On suppose que ça devrait marcher. Qu’on devrait toujours avoir envie. Que le désir devrait être spontané, évident, permanent.
Dans la monogamie consciente, vous acceptez que :
- Le désir fluctue (et ce n’est pas grave)
- Vos rythmes peuvent être différents (et ça se négocie)
- Vous avez le droit d’avoir des fantasmes (même si vous ne les réalisez pas)
- La sexualité peut se réinventer (elle n’est pas figée)
Vous pouvez parler de vos besoins, de vos envies, de vos frustrations. Sans jugement. Sans pression. Juste avec honnêteté.
→ Outil complet : Réflexion en couple sur la sexualité
→ Outil complet : Faire le point sur sa sexualité
→ Article : Mettre des mots sur nos désirs : apprendre à parler de sexualité dans le couple
Monogamie consciente et regard social
Quand vous créez votre propre modèle de monogamie, vous sortez des sentiers battus. Et ça peut créer de l’incompréhension.
Vos ami·e·s peuvent ne pas comprendre pourquoi vous avez deux appartements. Votre famille peut trouver bizarre que vous ne passiez pas tous les week-ends ensemble. Vos collègues peuvent être surpris·e·s que vous parliez ouvertement de vos attirances.
Votre réponse :
Vous n’avez pas à justifier vos choix. Vous créez un lien qui vous ressemble. Point.
Avec les personnes proches qui comptent vraiment, vous pouvez expliquer. Avec les autres, un simple « c’est notre manière de faire » suffit.
→ Outil complet : En parler ou pas ? Gérer le regard social
→ Article : Pour vivre heureux, vivons cachés (je ne veux pas ruiner ma réputation)
Quand la monogamie consciente révèle une incompatibilité
Parfois, en devenant lucide sur vos besoins, vous découvrez qu’ils sont inconciliables. Que l’un·e veut vraiment une forme de liberté que l’autre ne peut pas accepter. Que vos visions du lien sont trop éloignées.
Ce n’est pas un échec. C’est de la lucidité. Et cette lucidité vous permet de prendre des décisions éclairées, plutôt que de subir une relation qui ne vous convient plus.
La monogamie consciente ne garantit pas que tout ira bien. Elle garantit que vous aurez été honnêtes. Que vous aurez essayé. Que vous ne vous serez pas perdus dans un script qui ne vous appartenait pas.
En résumé : les piliers de la monogamie consciente
- Choisir activement l’exclusivité (pas juste la subir)
- Créer votre pacte vivant (vos règles, pas celles de la société)
- Observer l’écologie de votre lien (ce qui nourrit, ce qui épuise)
- Pratiquer le coajustement (danser ensemble sans se renier)
- Cultiver la lucidité (voir ce qui est vraiment)
- Respecter vos territoires (personnels et partagés)
- Parler de tout (même des sujets inconfortables)
- Ajuster régulièrement (votre lien évolue avec vous)
Vous n’êtes pas obligé·e d’ouvrir pour créer du sur-mesure
La Créativité Relationnelle®, ce n’est pas que pour les couples non-exclusifs.
C’est pour tou·te·s celles et ceux qui refusent les scripts tout faits. Qui veulent penser par eux-mêmes. Qui osent créer une relation qui leur ressemble vraiment.
Vous pouvez être profondément, totalement, joyeusement monogame. Et créer une exclusivité sur-mesure, lucide, vivante, évolutive.
Parce qu’il n’y a pas une seule bonne manière d’aimer.
Juste celle qui vous ressemble.
Pour aller plus loin :
→ Parcours complet : Prendre soin du lien
→ Outil fondateur : Créer sa singularité relationnelle
→ Article : Créativité Relationnelle : un art de vivre les liens hors des modèles
