Carnet PSL 3 – Les règles invisibles & le pacte relationnel

Chaque couple vit à l’intérieur d’un ensemble de règles qui n’ont jamais été écrites.
Elles se forment dans l’enfance, dans la culture, dans les imaginaires sociaux, dans les histoires précédentes, dans les peurs et dans les désirs.
Elles se déposent dans la relation sans que personne n’ait vraiment décidé.

Ces règles invisibles sont les traces d’une manière d’aimer, d’une manière d’encaisser, d’une manière de se protéger, d’une manière de rêver.
Elles disent comment chacun a appris à tenir la relation, parfois à la porter, parfois à s’y effacer, parfois à y chercher de la stabilité ou du réconfort.

La Créativité Relationnelle propose de regarder ces règles avec lucidité — non pour les juger, mais pour comprendre comment elles orientent le lien :
ce qu’elles soutiennent, ce qu’elles rigidifient, ce qu’elles empêchent, ce qu’elles alourdissent, ce qu’elles protègent.
On ne peut transformer que ce que l’on voit.
Et on ne peut s’engager que dans un espace où la liberté intérieure respire.

Ce carnet explore les règles invisibles du couple monogame contemporain :
celles que l’on hérite, celles que l’on croit nécessaires, celles que l’on reproduit sans s’en rendre compte, celles que l’on maintient pour ne pas faire trembler la relation, et celles que l’on peut choisir — pleinement, consciemment, ensemble.

Ce n’est pas un carnet sur la discipline ou l’organisation.
C’est un carnet sur la cohérence, la lucidité, la justesse.
Il propose une distinction essentielle du cadre CR : les valeurs d’un côté, les règles de l’autre.

Les valeurs sont ce qui nous guide.
Les règles sont ce que l’on met en place pour protéger ces valeurs.
Quand on confond les deux, la relation se crispe.
Quand on les distingue, elle peut respirer.


1. Les normes héritées : d’où viennent mes idées de ce qu’est un couple ?

Nous arrivons dans la relation avec une bibliothèque entière de normes invisibles.
Elles naissent de ce que nous avons vu, de ce que nous avons dû faire pour être aimés, de ce que l’on a cru être “normal”.
Certaines de ces normes nourrissent vraiment la relation.
D’autres la restreignent, sans que l’on comprenne pourquoi.

Cet espace du carnet invite à revisiter cette bibliothèque, à distinguer ce qui nous appartient encore de ce que nous portons par réflexe.
Il ne s’agit pas de s’en débarrasser, mais d’honorer ce qui a été appris, puis de choisir ce que l’on veut garder.


2. Nos valeurs fondamentales : ce qui compte vraiment pour nous

Dans beaucoup de couples, les conflits viennent d’une confusion entre valeurs et attentes.
On croit défendre une valeur, alors qu’on défend en réalité une manière spécifique de l’exprimer.
L’approche CR propose de revenir aux fondations :
ce que chacun considère comme essentiel pour aimer, être aimé, se sentir respecté, se sentir libre.

Les valeurs ne se négocient pas : elles se disent.
Ce sont les règles, ensuite, qui s’ajustent.
Le carnet invite à clarifier séparément ces deux dimensions, pour éviter d’enfermer l’autre dans une forme d’amour qui n’est pas la sienne.


3. Les “normalement” : ce que je crois que tu devrais faire

Chaque couple transporte une collection de “normalement” :
“normalement tu devrais me répondre vite”,
“normalement tu devrais savoir que…”,
“normalement on fait ça”,
“normalement un couple c’est…”.

Ces scripts sociaux ne viennent pas de la relation mais du monde autour.
Ils créent du poids, parfois de l’injustice, parfois un sentiment d’obligation.

Cet espace du carnet permet de transformer ces “normalement” en questions plus justes :
Est-ce que cette attente m’appartient vraiment ? Est-ce que je la choisis ? Est-ce qu’elle nous soutient ?

Mettre à plat les “normalement”, c’est desserrer l’étau de la normalité sociale pour revenir à la singularité du lien.


4. Le pacte vivant : ce que nous choisissons vraiment

Le pacte relationnel CR n’est ni un contrat ni une liste de règles figées.
C’est un espace de cohérence :
un endroit où l’on nomme ce que l’on veut protéger, ce que l’on veut ajuster, ce que l’on veut autoriser, ce qui nous aide à nous sentir en lien.
Il évolue.
Il respire.
Il s’assouplit lorsque la vie le demande.

Créer un pacte vivant, c’est reconnaître que la relation n’est pas un objet stable mais une dynamique.
Que les besoins changent.
Que les priorités se déplacent.
Que les systèmes relationnels fonctionnent mieux quand ils sont explicites, et non implicites.

Cet outil aide les couples à construire une base claire :
pas pour verrouiller la relation, mais pour lui permettre de rester en mouvement sans perdre sa cohérence.


5. Synthèse : distinguer, choisir, assouplir

Le carnet se clôt sur une fiche simple :
ce que le couple considère comme important,
ce qu’il veut protéger,
ce qu’il souhaite assouplir,
la règle vivante qu’il choisit d’honorer,
et l’intention douce qui guidera la relation pour les mois à venir.

Ce n’est pas une clôture : c’est un repère.
Une manière de dire : voilà où nous sommes aujourd’hui.


L’esprit du Carnet 3

Ce carnet n’a pas pour but de créer un cadre rigide.
Il invite plutôt à une autre forme de confiance :
la confiance qui naît lorsque chacun sait sur quelles valeurs il s’appuie, quelles règles l’asphyxient, lesquelles le soutiennent, et comment la relation peut devenir cohérente sans devenir étroite.

Dans la Créativité Relationnelle, un couple devient plus solide non pas en cumulant des règles, mais en sachant lesquelles sont essentielles, lesquelles sont optionnelles, lesquelles peuvent évoluer, lesquelles protègent le lien plutôt que la peur.

Un pacte relationnel vivant est un espace où la liberté intérieure et la loyauté peuvent coexister sans se contredire.