Exclusivité affective, sexuelle, sociale : choisir vos frontières en couple
Cet article fait partie du parcours Monogamie consciente – Prendre soin du lien et explore comment choisir consciemment vos frontières d’exclusivité dans chaque dimension de votre vie.
Introduction : L’exclusivité a plusieurs visages
Quand on dit « couple exclusif », on pense immédiatement au sexe. Pas de relation sexuelle en dehors du couple. C’est clair. C’est simple.
Sauf que.
L’exclusivité ne se joue pas que dans la chambre.
Elle se joue aussi :
- Dans les confidences qu’on fait à 3h du matin
- Dans le temps qu’on donne en priorité
- Dans la manière dont on parle de son couple aux autres
- Dans les espaces qu’on partage ou qu’on préserve
- Dans les rituels qu’on crée ensemble
Et ces dimensions-là sont rarement discutées. On les suppose. On les devine. On espère qu’on est d’accord.
Jusqu’au jour où l’un·e se sent exclu·e, remplacé·e, moins important·e… et où l’autre ne comprend pas pourquoi : « Mais je ne t’ai pas trompé·e ! »
Dans une monogamie consciente, l’exclusivité n’est pas un package pré-défini qu’on achète en kit. C’est une carte qu’on dessine ensemble, territoire par territoire.
→ Commencez par définir la fidélité : Définir ensemble ce qu’est la fidélité : au-delà de l’évidence
Les trois grandes dimensions de l’exclusivité
L’exclusivité dans un couple monogame se décline en trois grandes sphères. Chacune mérite d’être explorée, discutée, ajustée.
1. L’exclusivité sexuelle : au-delà du « pas de sexe avec d’autres »
C’est la dimension la plus évidente de la monogamie. Mais même ici, il y a des nuances importantes à clarifier.
Les questions à se poser ensemble
Sur les actes physiques :
- Qu’est-ce qui compte comme « sexe » pour nous ? Pénétration ? Oral ? Caresses intimes ? Baisers ?
- Est-ce qu’un baiser dans un jeu « action ou vérité », c’est une trahison ?
- Est-ce qu’une danse sensuelle avec quelqu’un d’autre, c’est acceptable ?
- Est-ce que les massages professionnels sont ok ? Et les massages entre ami·es ?
Sur les fantasmes et le désir :
- Est-ce que fantasmer sur quelqu’un d’autre, c’est déjà une forme d’infidélité ?
- Est-ce qu’on peut se raconter nos fantasmes, même quand ils impliquent d’autres personnes ?
- Est-ce que regarder du porno seul·e, c’est ok ? Ensemble ? Avec des scénarios qui impliquent d’autres ?
- Comment on gère les attirances inévitables ? On en parle ? On les tait ?
Sur le virtuel :
- Est-ce que le sexting avec quelqu’un d’autre, c’est une trahison ?
- Est-ce que suivre des comptes sexy sur Instagram, c’est un problème ?
- Est-ce que liker des photos suggestives, c’est franchir une ligne ?
- Qu’en est-il des interactions dans les jeux vidéo, les chats, les réseaux sociaux ?
Exemple concret :
Julie et Marc sont ensemble depuis 5 ans. Marc suit beaucoup de comptes de mannequins sur Instagram. Pour lui, c’est comme feuilleter un magazine, rien de personnel. Pour Julie, c’est différent : voir que son partenaire like régulièrement les photos d’autres femmes la fait se sentir comparée, moins désirable. Ils n’en avaient jamais parlé jusqu’au jour où Julie a explosé : « Pourquoi tu vas chercher ailleurs ce que je te donne ? » Marc était sous le choc : « Mais je ne vais nulle part ! Ce sont juste des photos ! »
Ce qui manquait ? Une conversation claire sur ce que chacun·e met derrière « exclusivité sexuelle ».
→ Comprenez vos réactions : La jalousie en monogamie : signal d’alarme ou limite à respecter ?
2. L’exclusivité affective : la frontière la plus floue
Pour beaucoup de personnes, la vraie trahison n’est pas le sexe, c’est l’intimité émotionnelle partagée avec quelqu’un d’autre.
C’est aussi la dimension la plus difficile à définir, parce qu’elle touche à quelque chose d’immatériel : les liens affectifs, la complicité, la connexion émotionnelle.
Les questions à se poser ensemble
Sur les confidences :
- Est-ce que vous devez être la première personne à qui l’autre se confie ?
- Est-ce qu’avoir un·e meilleur·e ami·e très proche, c’est ok ?
- Est-ce que raconter les difficultés du couple à quelqu’un d’autre, c’est franchir une limite ?
- Qu’est-ce qui doit rester « entre nous » et qu’est-ce qui peut être partagé ?
Sur la complicité :
- Est-ce que certaines blagues, certains surnoms, certaines références doivent rester « à nous » ?
- Comment vous sentez-vous si l’autre a une complicité très forte avec quelqu’un d’autre ?
- Est-ce qu’il y a des sujets dont vous voulez être les seul·es à parler ensemble ?
Sur le soutien émotionnel :
- Qui l’autre va-t-il/elle voir en premier quand il/elle va mal ? Est-ce important que ce soit vous ?
- Est-ce que vous voulez être la principale source de réconfort de l’autre ?
- Comment gérez-vous si l’autre trouve du soutien émotionnel ailleurs ?
Sur les liens avec les ex :
- Est-ce que rester ami·e avec ses ex, c’est acceptable ?
- Si oui, avec quelles limites ? Quelle fréquence de contact ? Quel type de conversations ?
- Est-ce que certaines formes d’intimité émotionnelle avec un·e ex franchissent une ligne ?
Exemple concret :
Sophie a une meilleure amie, Laura, qu’elle connaît depuis l’enfance. Elles se parlent tous les jours, partagent tout, se soutiennent mutuellement. Quand Sophie a des doutes sur sa relation avec Thomas, c’est Laura qu’elle appelle en premier. Thomas le vit de plus en plus mal : « J’ai l’impression que Laura sait tout de nous avant moi. J’ai l’impression d’être le deuxième choix. »
Sophie ne comprend pas : « Mais c’est mon amie ! Je ne vais pas couper les ponts avec elle parce que je suis en couple ! »
Ce qui manquait ? Une discussion sur ce qui relève de l’amitié et ce qui relève de l’intimité réservée au couple.
→ Apprenez à en parler : Dire ce qu’on ressent sans tout casser : communiquer ses émotions en couple
Les pièges à éviter
Piège n°1 : L’isolement affectif
Vouloir être la seule source de soutien émotionnel de l’autre, c’est impossible. Et c’est étouffant. Tout le monde a besoin d’autres liens affectifs : ami·es, famille, collègues.
Piège n°2 : L’absence totale de frontières
À l’inverse, ne poser aucune limite sur l’intimité émotionnelle partagée avec d’autres peut créer une distance dans le couple. Certains espaces d’intimité émotionnelle peuvent être réservés au couple sans que ce soit de l’isolement.
L’équilibre : Reconnaître que l’autre a besoin de liens affectifs multiples, tout en identifiant ce qui est spécifique à votre lien de couple.
3. L’exclusivité sociale : comment on présente le couple au monde
Cette dimension est souvent négligée, mais elle compte énormément pour certain·es.
L’exclusivité sociale, c’est :
- La manière dont vous parlez de votre couple aux autres
- L’image que vous donnez de votre relation
- Ce que vous partagez (ou pas) de votre vie privée
- Comment vous vous comportez en public
Les questions à se poser ensemble
Sur l’image du couple :
- Est-ce important pour vous que les autres voient que vous êtes un couple solide ?
- Comment vous sentez-vous si l’autre critique votre relation devant d’autres personnes ?
- Est-ce que vous voulez présenter un « front uni » à l’extérieur, même quand ça va mal ?
Sur les comportements en public :
- Est-ce que flirter en soirée (même innocemment), c’est acceptable ?
- Comment vous sentez-vous si l’autre danse avec quelqu’un d’autre ?
- Est-ce que vous voulez que l’autre montre clairement qu’il/elle est « pris·e » en présence d’autres personnes ?
Sur le partage d’informations :
- Qu’est-ce qui peut être partagé sur les réseaux sociaux ? Qu’est-ce qui doit rester privé ?
- Est-ce que raconter vos disputes à vos ami·es, c’est ok ?
- Qui a le droit de savoir quoi sur votre couple ?
Sur les réseaux sociaux :
- Est-ce important que vous soyez « en couple » sur Facebook/Instagram ?
- Est-ce que vous voulez apparaître ensemble sur les photos publiées ?
- Comment gérez-vous les interactions avec d’autres personnes sur les réseaux ?
Exemple concret :
Léa et Antoine sont ensemble depuis 3 ans. Léa aime partager des photos d’eux sur Instagram, montrer qu’ils sont heureux ensemble. Antoine, lui, est très discret sur les réseaux et n’aime pas exposer sa vie privée. Un jour, Léa poste une photo d’eux avec une légende romantique. Antoine lui demande de la retirer : « Je n’aime pas que notre vie soit étalée comme ça. » Léa est blessée : « Tu as honte de nous ? Tu ne veux pas montrer qu’on est ensemble ? »
Ce qui manquait ? Un accord clair sur ce qui peut être partagé publiquement et ce qui reste privé.
Comment définir vos frontières dans chaque dimension
Étape 1 : Identifier ce qui compte pour vous
Avant d’en parler ensemble, prenez le temps de réfléchir individuellement :
Pour l’exclusivité sexuelle :
- Qu’est-ce qui me ferait sentir que l’autre a franchi une ligne physiquement ?
- Quelle place ont les fantasmes, le virtuel, les images dans ma définition de l’exclusivité ?
- Est-ce que je veux qu’on se dise nos attirances ou préfère-je ne pas savoir ?
Pour l’exclusivité affective :
- Qu’est-ce que je considère comme une intimité émotionnelle « réservée au couple » ?
- Est-ce que j’ai besoin d’être la première personne à qui l’autre se confie ?
- Comment je me sens quand l’autre a des liens affectifs forts avec d’autres personnes ?
Pour l’exclusivité sociale :
- Quelle image du couple j’ai envie de projeter à l’extérieur ?
- Qu’est-ce que je veux garder privé ? Qu’est-ce qui peut être partagé ?
- Comment je me sens si l’autre flirte, même innocemment, en public ?
Étape 2 : Partager vos besoins sans imposer
Une fois que vous avez identifié vos besoins, partagez-les. Mais pas comme des exigences. Comme des informations sur ce qui se passe en vous.
Phrases utiles :
- « Pour moi, ce serait important que… parce que… »
- « Je me sens mal à l’aise quand… Est-ce qu’on peut en parler ? »
- « J’ai remarqué que j’ai besoin de… Comment tu te sens par rapport à ça ? »
- « Pour toi, c’est quoi qui compte dans l’exclusivité ? »
→ Maîtrisez l’art de la communication : Comprendre ses besoins fondamentaux en couple monogame
Étape 3 : Négocier les zones de tension
Il est possible (probable, même) que vous ne soyez pas d’accord sur tout. C’est normal.
Exemple de négociation :
Lucas : « Pour moi, c’est important que tu me parles en premier quand tu as un problème. »
Emma : « Je comprends, mais j’ai aussi besoin de pouvoir en parler à ma sœur. Elle me connaît depuis toujours et parfois j’ai besoin de son regard. »
Lucas : « Ok. Ce qui me dérange, c’est quand j’apprends par elle que tu vas mal. Est-ce qu’on pourrait trouver un équilibre où tu m’en parles d’abord, et ensuite tu en discutes avec elle si tu en as besoin ? »
Emma : « Oui, ça me va. »
L’objectif : Trouver des compromis où chacun·e se sent respecté·e, sans que personne ne se sente contrôlé·e.
Étape 4 : Créer vos règles évolutives
Une fois que vous avez discuté, formalisez (même juste oralement) ce que vous avez décidé ensemble.
Exemples de frontières définies ensemble :
Sur l’exclusivité sexuelle :
- « On se dit quand on ressent une attirance forte pour quelqu’un. »
- « Les fantasmes sont ok, mais on ne les partage pas avec d’autres personnes. »
- « Le porno solo, c’est ok. Le sexting, non. »
Sur l’exclusivité affective :
- « On se parle en premier quand on a un problème de couple, avant d’en discuter avec d’autres. »
- « On peut avoir des ami·es très proches, mais certaines confidences restent entre nous. »
- « Rester ami·e avec ses ex, c’est ok, mais on se tient au courant des contacts. »
Sur l’exclusivité sociale :
- « On ne critique pas notre couple en public, même si on est en désaccord. »
- « On demande avant de partager des photos de nous sur les réseaux. »
- « Le flirt innocent en soirée, c’est ok, mais si l’autre se sent mal, on arrête. »
Important : Ces règles ne sont pas gravées dans le marbre. Elles peuvent évoluer au fil du temps, en fonction de vos besoins, de votre confiance mutuelle, de votre évolution.
→ Gérez les évolutions : Quand nos projets de vie divergent : désaccord ou incompatibilité ?
Les signes qu’il faut rediscuter de vos frontières
Vos frontières d’exclusivité peuvent avoir besoin d’être réajustées quand :
Signes d’alerte :
- L’un·e se sent régulièrement mal à l’aise mais n’ose pas le dire
- Vous vous disputez souvent sur les mêmes sujets (les ami·es, les ex, les réseaux sociaux)
- L’un·e a l’impression que l’autre ne respecte pas les accords implicites
- Vos besoins ont évolué et ce qui était ok avant ne l’est plus
- Vous réalisez que vous n’aviez jamais vraiment discuté de certaines frontières
Quand en reparler :
- Lors de bilans réguliers du couple (mensuels, trimestriels)
- Après une situation inconfortable qui a révélé un désaccord
- Quand l’un·e ressent un besoin nouveau ou un inconfort persistant
- Quand votre vie change (nouveau travail, déménagement, nouveau cercle social)
Conclusion : Vos frontières, votre couple
L’exclusivité dans un couple monogame n’est pas un concept universel. Elle se décline en multiples dimensions : sexuelle, affective, sociale.
Et dans chacune de ces dimensions, vous avez le droit de définir ce qui vous convient.
Pas ce qui convient à vos parents.
Pas ce qui convient à la société.
Pas ce qui convient à vos ami·es.
Ce qui vous convient, à vous deux.
Une monogamie consciente, c’est une monogamie où :
- Vous savez ce que l’exclusivité signifie pour chacun·e de vous
- Vous avez discuté de vos frontières dans chaque dimension
- Vous acceptez que ces frontières puissent évoluer
- Vous respectez les besoins de l’autre tout en affirmant les vôtres
- Vous réajustez régulièrement pour que le lien reste vivant et juste
C’est ce qui transforme une monogamie par défaut en monogamie choisie.
Pour aller plus loin
Articles du parcours Monogamie consciente :
- Définir ensemble ce qu’est la fidélité : au-delà de l’évidence
- Comprendre ses besoins fondamentaux en couple monogame
- La jalousie en monogamie : signal d’alarme ou limite à respecter ?
- Dire ce qu’on ressent sans tout casser : communiquer ses émotions en couple
- Quand nos projets de vie divergent : désaccord ou incompatibilité ?
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