Dire sans blesser, entendre sans se dissoudre
Dire ce que l’on vit n’est pas une performance.
Ce n’est pas non plus un exercice d’équilibre fragile où il faudrait trouver la phrase parfaite.
C’est un mouvement intérieur : comprendre ce qui se passe en soi, le déposer avec justesse, et rester présent.
De l’autre côté, écouter n’est pas se sacrifier : c’est accueillir sans se dissoudre.
Cet outil vous aide à repérer comment parler en restant ancré·e et écouter en restant entier·e, sans alourdir le lien.
1. “Dire ce qui vit, pas ce qui manque chez l’autre”
Quand tu t’apprêtes à aborder un sujet sensible, formule d’abord ce que tu vis, avant ce que tu attends.
Transformations possibles :
Au lieu de :
« Tu ne me respectes jamais quand tu parles comme ça. »
Essaye :
« Quand le ton monte, je sens que je me contracte et j’aimerais qu’on puisse ralentir. »
Au lieu de :
« Tu ne m’écoutes pas. »
Essaye :
« J’ai besoin de sentir que tu es avec moi quand je parle. »
Au lieu de :
« Tu me coupes tout le temps. »
Essaye :
« Quand je suis interrompu·e, j’ai du mal à rester présent·e. »
Ce n’est pas adoucir : c’est parler depuis soi, sans se perdre.
2. Clarifier le besoin sans pression invisible
Nommer le besoin n’est pas exiger que l’autre comble tout.
C’est seulement dire : « voilà ce qui me soutiendrait ».
Quelques formulations utiles :
- « Ce qui m’aiderait là, c’est… »
- « J’aimerais qu’on avance avec… »
- « Je me sens plus stable quand… »
- « Ce serait plus simple pour moi si… »
Un besoin exprimé clairement réduit la charge émotionnelle pour les deux.
3. Rester ancré·e pendant qu’on parle
Quand tu exprimes quelque chose d’important, prends quelques secondes pour te centrer :
respiration basse, pieds au sol, rythme ralenti.
Tu peux t’appuyer sur une phrase intérieure :
- « Je peux dire ce que je vis. »
- « Je n’ai pas besoin d’avoir raison. »
- « Je parle pour éclairer, pas pour convaincre. »
4. “Les phrases qui ouvrent / les phrases qui ferment”
Phrases qui ouvrent (elles créent un espace)
- « J’aimerais comprendre ce qui se passe pour toi. »
- « Je veux t’expliquer d’où je parle. »
- « On peut prendre notre temps. »
- « Ce que tu dis compte pour moi. »
- « Je reste avec toi même si c’est inconfortable. »
Phrases qui ferment (elles contractent le lien)
- « Tu exagères. »
- « Ce n’est pas ce que j’ai dit. »
- « Tu dramatises. »
- « Là, tu me fatigues. »
- « J’en ai marre. »
Ces phrases ne sont pas “interdites” ; elles signalent un endroit où quelque chose se contracte.
5. Dire sans blesser
Choisis une situation récente qui t’a touché·e.
Complète :
- Ce que j’ai vécu intérieurement :
… - Le besoin qui était impliqué :
… - La version de ma phrase qui ouvre :
…
6. Entendre sans se dissoudre
Quand l’autre parle, repère :
- Ce qui m’aide à rester présent·e :
… - Ce qui me fait perdre pied :
… - Un geste ou une phrase qui m’aide à revenir :
…
Dire et entendre ne cherchent pas la perfection : ils cherchent la présence.
Lien vers PSL 4.4 – Réparer : revenir après la tempête
