Quand on a plusieurs partenaires, ou quand notre partenaire en a, la question de la santé sexuelle devient centrale. Ce n’est pas juste une question médicale ou logistique. C’est aussi une question éthique, de respect, de confiance. Comment se protéger ? Comment protéger les autres ? Comment parler de tout ça sans que ce soit gênant ou intrusif ?
Pourquoi la santé sexuelle est un sujet non-négociable
Dans une relation monogame fidèle, après un premier dépistage, la question des IST (infections sexuellement transmissibles) passe souvent au second plan. On suppose qu’il n’y a plus de risque.
Dans une relation non-exclusive, cette tranquillité disparaît. Parce qu’il y a plusieurs partenaires. Parce que chacun·e peut en rencontrer d’autres. Parce que le risque n’est jamais totalement nul.
Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une question de « méfiance » envers ses partenaires. C’est une question de lucidité. Vous pouvez faire confiance à quelqu’un tout en acceptant qu’iel puisse être porteur·se d’une IST sans le savoir.
La santé sexuelle, ce n’est pas une histoire de moralité. C’est une histoire de responsabilité partagée.
Les IST : ce qu’il faut savoir
Les IST ne se voient pas toujours
Beaucoup d’infections sont asymptomatiques. C’est-à-dire que vous pouvez être porteur·se et ne rien ressentir. Pas de démangeaisons, pas de douleur, pas de symptôme visible.
C’est le cas notamment pour :
- La chlamydia
- La gonorrhée (chaude-pisse)
- Certaines formes d’herpès
- Le VIH à certains stades
- Les papillomavirus (HPV)
Conclusion : On ne peut pas se fier aux apparences. Quelqu’un peut avoir l’air en parfaite santé et être porteur·se.
Les IST ne sont pas une honte
Il y a un stigmate autour des IST. Comme si en avoir une signifiait qu’on est « sale », irresponsable, ou qu’on a « mal choisi » ses partenaires.
C’est faux. Les IST sont des infections. Elles se transmettent par contact sexuel, mais elles ne disent rien sur la valeur morale de quelqu’un.
Avoir une IST, c’est comme attraper une angine. Ça arrive. On se soigne. Et on prend des précautions pour ne pas la transmettre.
Certaines IST sont incurables (mais vivables)
Le VIH, l’herpès, certains types de HPV ne se guérissent pas. Mais avec les traitements actuels, on peut vivre normalement.
Le VIH, par exemple, avec un traitement adapté, devient indétectable. Et quand c’est indétectable, c’est intransmissible (I=I).
L’herpès se gère avec des antiviraux qui réduisent les poussées et les risques de transmission.
Bref : Avoir une IST incurable n’empêche pas d’avoir une vie sexuelle. Mais ça demande de la transparence et des précautions.
Le dépistage : la base de tout
À quelle fréquence se faire dépister ?
Ça dépend de votre niveau d’activité sexuelle et du nombre de partenaires.
Recommandations générales :
- Si vous avez plusieurs partenaires réguliers : Tous les 3 à 6 mois.
- Si vous avez des rencontres occasionnelles fréquentes : Tous les 3 mois.
- Si vous avez un·e partenaire régulier·e qui en voit d’autres : Au moins une fois par an, voire plus.
Après un rapport à risque non protégé :
- Dépistage immédiat (pour certaines IST détectables rapidement)
- Puis re-dépistage 6 semaines après (pour le VIH notamment, qui peut mettre du temps à être détectable)
Quelles analyses demander ?
Quand vous allez vous faire dépister, ne vous contentez pas du « bilan classique ». Certaines IST ne sont pas systématiquement testées.
Demandez explicitement :
- VIH
- Hépatites B et C
- Syphilis
- Chlamydia (prélèvement urinaire ou vaginal)
- Gonorrhée (prélèvement urinaire, vaginal, anal, pharyngé selon vos pratiques)
- Herpès (si symptômes ou exposition connue)
- HPV (frottis pour les personnes avec un col de l’utérus)
Important : Précisez vos pratiques au médecin. Si vous avez des rapports anaux ou oraux, il faut aussi tester ces zones. Le VIH ou la gonorrhée peuvent se transmettre par voie orale ou anale.
Où se faire dépister ?
- Chez votre médecin généraliste (ordonnance pour les analyses)
- Dans un centre de dépistage gratuit (CeGIDD – Centres Gratuits d’Information, de Dépistage et de Diagnostic)
- Dans certains centres de planning familial
Les dépistages en CeGIDD sont gratuits, anonymes, et sans ordonnance. C’est souvent le plus simple.
Les protections : ce qui marche (et ce qui ne marche pas)
Le préservatif externe (masculin)
Protège contre : VIH, hépatites, gonorrhée, chlamydia, syphilis (partiellement), herpès (partiellement).
Ne protège pas totalement contre : Herpès (si lésions en dehors de la zone couverte), HPV, poux du pubis.
Efficacité : Très élevée si utilisé correctement et systématiquement.
À savoir : Il existe des préservatifs sans latex pour les personnes allergiques.
Le préservatif interne (féminin)
Protège contre : Les mêmes IST que le préservatif externe.
Avantage : Peut être mis plusieurs heures avant le rapport. Couvre une plus grande surface.
Inconvénient : Plus cher, moins facile à trouver, demande un peu de pratique.
La digue dentaire (pour les rapports oraux)
Protège contre : Les IST transmissibles par voie orale (herpès, gonorrhée, chlamydia, hépatite, VIH théorique).
À savoir : On peut en fabriquer une avec un préservatif coupé ou du film alimentaire.
Réalité : Très peu utilisée en pratique, mais c’est la seule protection efficace pour le cunnilingus et l’anulingus.
Le PrEP (prophylaxie pré-exposition au VIH)
C’est quoi : Un traitement préventif contre le VIH. On prend un comprimé par jour (ou selon un schéma à la demande), et on est protégé·e.
Efficacité : Quasi-totale si pris correctement.
Ne protège pas contre : Les autres IST. Il faut quand même continuer à utiliser des préservatifs pour le reste.
Qui peut en bénéficier : Toute personne à risque d’exposition au VIH. Disponible sur prescription, remboursé en France.
Le TPE (traitement post-exposition au VIH)
C’est quoi : Un traitement d’urgence à prendre dans les 48h après une exposition au VIH.
Où l’obtenir : Urgences hospitalières, CeGIDD.
Efficacité : Très élevée si pris rapidement.
Communiquer sur la santé sexuelle (sans que ce soit gênant)
Quand en parler ?
Avant le premier rapport sexuel. Pas après. Avant.
Oui, ça peut casser l’ambiance. Mais c’est non-négociable.
Comment formuler ?
Plutôt que :
« T’as pas de maladie, hein ? »
« T’es clean ? »
Essayez :
« Quand est-ce que tu t’es fait·e dépister pour la dernière fois ? »
« Moi je me suis fait·e tester il y a X mois, tout était négatif. Et toi ? »
« On utilise des préservatifs ? »
Soyez direct·e : Ce n’est pas une accusation. C’est une question de santé mutuelle.
Si l’autre refuse de parler ou de se protéger
Red flag. Si quelqu’un refuse de parler de santé sexuelle ou refuse catégoriquement d’utiliser une protection, c’est un signal d’alarme.
Ça peut vouloir dire :
- Iel n’a pas de respect pour votre santé
- Iel n’assume pas ses propres pratiques
- Iel a quelque chose à cacher
Votre réaction : N’ayez pas de rapport avec cette personne. Point.
Les accords de protection dans les relations non-exclusives
Définir un protocole de protection
Dans une relation non-exclusive, il est essentiel de poser des accords clairs sur les protections.
Questions à se poser ensemble :
- Est-ce qu’on utilise des préservatifs avec tout le monde, tout le temps ?
- Est-ce qu’il y a des pratiques réservées à notre relation (sans protection) ?
- Est-ce qu’on se prévient si on a un rapport à risque ?
- À quelle fréquence on se fait dépister ?
- Qu’est-ce qu’on fait si quelqu’un a une IST ?
Exemple d’accord :
« On utilise des préservatifs avec tou·te·s nos autres partenaires. On se fait dépister tous les 3 mois. Si l’un·e de nous a une IST, on prévient immédiatement et on adapte nos protections. »
Si quelqu’un viole les accords
Si votre partenaire a un rapport non protégé sans vous prévenir, c’est une violation grave de votre confiance ET de votre santé.
Ce n’est pas acceptable. Même si c’était « dans le feu de l’action ». Même si « iel pensait que c’était pas grave ».
Vous avez le droit d’être en colère. Vous avez le droit d’exiger un dépistage immédiat. Vous avez le droit de reconsidérer la relation.
Que faire si vous ou un·e partenaire avez une IST ?
Ne pas paniquer
Avoir une IST, ce n’est pas la fin du monde. La plupart se soignent. Celles qui ne se soignent pas se gèrent.
Prévenir tou·te·s les personnes exposées
Si vous apprenez que vous avez une IST, vous devez prévenir toutes les personnes avec qui vous avez eu des rapports récemment.
Oui, c’est gênant. Oui, c’est inconfortable. Mais c’est éthique.
Comment le dire :
« Je viens d’apprendre que j’ai [nom de l’IST]. On a eu un rapport ensemble récemment. Tu devrais aller te faire tester. »
Adapter vos pratiques
Selon l’IST, vous devrez peut-être :
- Arrêter temporairement les rapports sexuels
- Utiliser des protections renforcées
- Prendre un traitement avant de reprendre
Votre médecin vous guidera. Mais soyez honnête avec vos partenaires sur ce qui se passe.
La responsabilité collective
Dans les relations non-exclusives, la santé sexuelle n’est pas juste une affaire individuelle. C’est une responsabilité collective.
Si vous êtes en lien avec plusieurs personnes, vous êtes un maillon d’une chaîne. Ce que vous faites impacte les autres. Ce que les autres font vous impacte.
Cela veut dire :
- Se faire dépister régulièrement (même si on ne ressent rien)
- Être honnête sur ses pratiques
- Respecter les accords posés
- Prévenir rapidement en cas de problème
Ce n’est pas de la paranoïa. C’est du respect.
En résumé : les principes de base
- Se faire dépister régulièrement (tous les 3-6 mois selon votre activité)
- Utiliser des protections (préservatifs, digues dentaires, PrEP si pertinent)
- Communiquer avant les rapports (pas après)
- Poser des accords clairs avec vos partenaires
- Prévenir en cas d’exposition ou de diagnostic
- Ne jamais mentir ou cacher une IST
- Respecter les accords de protection (toujours)
La santé sexuelle, ce n’est pas sexy. Ce n’est pas romantique. Mais c’est indispensable.
Parce que vous ne pouvez pas vivre sereinement une relation non-exclusive si vous êtes constamment angoissé·e par les risques. Et vous ne pouvez pas demander à vos partenaires de vous faire confiance si vous ne prenez pas leur santé au sérieux.
Protéger, dépister, communiquer. Ce sont les trois piliers d’une sexualité responsable et épanouie.
Pour aller plus loin :
→ Sites utiles : Sida Info Service | Planning Familial
→ Article : Respecter les limites dites avant : pourquoi c’est crucial
