Quand nos projets de vie divergent : désaccord ou incompatibilité ?


Cet article est lié au parcours Monogamie consciente – Prendre soin du lien, en particulier au Carnet 6 sur faire le point et décider.


Introduction : quand le « nous » se heurte au « je »

Vous vous aimez. Vous vous entendez bien. Vous partagez des valeurs, des rires, une intimité.
Et pourtant.

L’un·e rêve de quitter la ville. L’autre ne peut pas imaginer vivre loin de son travail, de sa famille, de ses repères.
L’un·e sent que c’est le moment d’avoir un enfant. L’autre n’est pas prêt·e, ou ne le sera jamais.
L’un·e veut changer de carrière, même si ça implique moins d’argent, plus d’instabilité. L’autre a besoin de sécurité financière.

Ce ne sont pas des disputes sur qui fait la vaisselle ou qui a oublié de sortir les poubelles. Ce ne sont pas des conflits qu’on résout avec une conversation et un câlin.

Ce sont des désaccords sur la vie elle-même. Sur le chemin que vous voulez prendre. Sur ce qui fait sens, ce qui compte, ce qui est négociable ou pas.

Et face à ces désaccords-là, on se retrouve souvent coincé·e dans une question douloureuse : Est-ce qu’on peut trouver un terrain d’entente ? Ou est-ce qu’on est tout simplement incompatible ?

→ Évaluez votre situation avec le Carnet PSL 6 – Faire le point et décider


Pourquoi les projets de vie sont si difficiles à négocier

Parce qu’ils touchent à l’identité

Vouloir des enfants, ce n’est pas qu’un désir de procréer. C’est souvent une vision de ce qu’est une vie accomplie, une famille, un héritage. C’est lié à des histoires personnelles, à des modèles familiaux, à des peurs profondes.

Vouloir rester en ville ou partir à la campagne, ce n’est pas qu’une préférence géographique. C’est une question de rythme de vie, de rapport au monde, de priorités.

Vouloir changer de carrière, ce n’est pas qu’une décision professionnelle. C’est une quête de sens, une tentative de se réaliser, de ne pas passer à côté de sa vie.

Ces projets de vie sont indissociables de qui nous sommes.

Et quand ils entrent en tension avec ceux de l’autre, ce n’est pas juste un désaccord logistique. C’est une question existentielle : « Est-ce que je peux être moi-même dans cette relation ? »

Parce qu’ils engagent le futur

On peut s’accommoder d’un désaccord sur le présent. On peut gérer des différences de goûts, de rythmes, d’habitudes.

Mais un désaccord sur le futur, c’est autre chose. Parce qu’il implique qu’à un moment donné, il faudra trancher. Il faudra choisir.

Et ce choix, il ne sera pas neutre. Il définira la vie que vous allez mener. Ensemble ou séparément.

Parce qu’il n’y a pas toujours de compromis

Certaines choses ne se négocient pas à moitié.

On ne peut pas avoir « un peu » d’enfant.
On ne peut pas vivre « un peu » en ville et « un peu » à la campagne.
On ne peut pas « un peu » changer de carrière.

Il y a des questions où il faut dire oui ou non. Et où le « peut-être » finit toujours par devenir un problème.

→ Identifiez vos non-négociables avec le Carnet PSL 3 – Les règles invisibles & le pacte relationnel


Désaccord ou incompatibilité : faire la différence

Un désaccord, c’est une tension ponctuelle

Vous ne voulez pas la même chose maintenant, mais vous pourriez en vouloir plus tard.
Ou bien vous pouvez trouver une solution qui convient aux deux.

Exemple :
L’un·e veut voyager pendant un an. L’autre préfère stabiliser sa carrière d’abord.
→ Peut-être qu’on peut voyager dans 2 ans, une fois la stabilité acquise.
→ Peut-être qu’on peut faire des voyages plus courts pour l’instant.
→ Peut-être que l’un·e part seul·e quelques mois, et qu’on se retrouve après.

Dans un désaccord, il y a de la souplesse. Les deux sont prêt·es à explorer des options, à ajuster, à expérimenter.

Une incompatibilité, c’est une impasse structurelle

Vous voulez des choses fondamentalement opposées. Et aucun des deux ne peut renoncer à ce qu’il veut sans se renier.

Exemple :
L’un·e veut absolument des enfants. Pour lui/elle, une vie sans enfants n’a pas de sens.
L’autre ne veut absolument pas d’enfants. Pour lui/elle, devenir parent serait une perte de liberté insupportable.

Ici, il n’y a pas de solution intermédiaire. Il y a deux chemins qui ne peuvent pas se rejoindre.

Dans une incompatibilité, il n’y a pas de souplesse. Renoncer, ce serait renoncer à soi-même.

La question à se poser :
« Si l’autre ne change pas d’avis, est-ce que je peux vivre avec ça sans ressentiment ? »

Si la réponse est non, alors c’est probablement une incompatibilité.


Ce qu’on peut faire face à un désaccord

1. Mettre les cartes sur la table

Arrêter de contourner le sujet. Arrêter de repousser la conversation. Arrêter d’espérer que ça se règlera tout seul.

Dire clairement :
« Moi, je veux ça. Toi, tu veux ça. On a un désaccord. Et on doit en parler. »

Cette conversation n’est pas agréable. Mais elle est nécessaire.

Parce que laisser le désaccord sous le tapis, c’est laisser une bombe à retardement.

2. Comprendre les « pourquoi »

Au-delà du « quoi », il y a toujours un « pourquoi ».

Pourquoi est-ce que tu veux déménager ?
Pourquoi est-ce que tu veux un enfant ?
Pourquoi est-ce que tu veux changer de travail ?

Parfois, le « quoi » est non-négociable. Mais le « pourquoi » ouvre des portes.

Exemple :
L’un·e veut déménager à la campagne parce qu’iel a besoin de calme, de nature, d’espace.
L’autre veut rester en ville parce qu’iel a besoin de proximité avec ses ami·es, de vie culturelle, de dynamisme.

Le désaccord n’est pas résolu. Mais au moins, vous comprenez ce qui se joue. Et peut-être que vous pouvez trouver un compromis :
– Déménager en périphérie, ni vraiment ville ni vraiment campagne
– Passer des week-ends réguliers à la campagne
– Envisager un déménagement dans quelques années, une fois que le réseau social de l’un·e sera plus transportable

→ Explorez vos « pourquoi » avec le Carnet PSL 1 – Prendre soin du lien

3. Accepter qu’il n’y ait pas toujours de solution parfaite

Parfois, la « solution », c’est un compromis bancal. Un arrangement qui ne satisfait personne à 100%, mais qui permet de rester ensemble sans trop se renier.

Parfois, c’est l’un·e qui cède sur ce coup-là, en sachant que l’autre cédera sur autre chose plus tard.

Parfois, c’est une décision qu’on prend ensemble en se disant : « On essaie ça pendant X temps, et on réévalue. »

L’important, c’est que les deux se sentent entendus. Que les deux aient l’impression que leur avis compte. Que les deux aient l’impression de construire quelque chose ensemble, même si c’est imparfait.


Ce qu’on ne peut pas faire face à une incompatibilité

On ne peut pas espérer que l’autre change

« Peut-être qu’iel finira par vouloir des enfants. »
« Peut-être qu’iel se rendra compte qu’iel préfère la campagne. »
« Peut-être qu’iel acceptera de déménager pour mon travail. »

Espérer que l’autre change, c’est espérer que l’autre se renie.

Et même si ça arrive, même si l’autre finit par dire « Ok, je fais ça pour toi », il y a de fortes chances que le ressentiment s’installe. Qu’iel vous en veuille. Qu’iel se sente piégé·e.

Ce n’est pas une base saine pour un couple.

On ne peut pas se sacrifier indéfiniment

« Je renonce à avoir des enfants pour rester avec lui/elle. »
« J’abandonne mon projet professionnel pour ne pas perdre notre couple. »
« Je reste en ville alors que je rêve de partir, parce que je l’aime. »

Renoncer, c’est parfois nécessaire. Dans un couple, on ne peut pas toujours avoir tout ce qu’on veut.

Mais renoncer à quelque chose de fondamental, à quelque chose qui touche à votre identité, à ce qui donne sens à votre vie ?

Ça finit toujours par revenir. Sous forme de tristesse, de colère, de frustration, de désir d’ailleurs.

Et un jour, vous vous réveillez en vous disant : « J’ai renoncé à trop. Et maintenant, je ne sais plus qui je suis. »

→ Évaluez ce à quoi vous pouvez renoncer avec le Carnet PSL 6 – Faire le point et décider

On ne peut pas rester ensemble « par défaut »

Parfois, on reste parce qu’on a peur.
Peur de la solitude. Peur de recommencer. Peur de blesser l’autre. Peur de se tromper.

Mais rester ensemble alors qu’on sait qu’on n’ira pas dans la même direction, c’est construire sur du sable.

Ça peut tenir quelques années. Mais à un moment, l’incompatibilité finit par exploser. Et plus on attend, plus c’est douloureux.


Et si on n’arrive pas à trancher ?

Parfois, on n’arrive pas à savoir si c’est un désaccord gérable ou une incompatibilité profonde.

Dans ce cas, il peut être utile de :

1. Se donner du temps

Pas pour éviter la question. Mais pour vivre un peu avec, pour voir si quelque chose bouge.

« On en reparle dans 6 mois. »
« On teste cette configuration pendant un an, et on voit. »

Ce temps, ce n’est pas un sursis. C’est un espace pour clarifier ce qu’on veut vraiment.

2. Consulter quelqu’un d’extérieur

Un·e thérapeute de couple, un·e conseiller·ère conjugal·e.

Pas pour qu’iel vous dise quoi faire. Mais pour qu’iel vous aide à démêler ce qui se joue, à mettre des mots sur ce qui coince, à voir les options que vous ne voyez pas.

Parfois, un regard extérieur permet de débloquer ce qui semblait insoluble.

3. Se poser la question de la séparation

C’est une question dure. Mais c’est parfois la seule honnête.

« Est-ce qu’on peut vraiment construire une vie ensemble si nos chemins ne vont pas dans la même direction ? »

Parfois, s’aimer ne suffit pas. Parce que l’amour ne résout pas les incompatibilités structurelles.

Et parfois, la décision la plus aimante, c’est de se laisser partir.

→ Explorez cette question avec le Carnet PSL 6 – Faire le point et décider


Conclusion : l’amour ne suffit pas, mais il aide

Quand on est face à un désaccord sur les projets de vie, on se retrouve souvent à se dire :
« Mais on s’aime, ça devrait suffire. »

Et c’est vrai qu’on s’aime. Mais l’amour ne remplace pas la compatibilité. L’amour ne gomme pas les différences fondamentales. L’amour ne rend pas négociable ce qui ne l’est pas.

L’amour, c’est ce qui nous donne envie d’essayer. De chercher des solutions. De se comprendre. De faire des efforts.

Mais l’amour seul ne peut pas construire une vie qui convient aux deux.

Alors quand vous vous retrouvez face à un désaccord sur un projet de vie, posez-vous ces questions :

– Est-ce un désaccord temporaire, ou une incompatibilité profonde ?
– Est-ce qu’on peut trouver un terrain d’entente sans se renier ?
– Est-ce que je peux vivre sans ça, ou est-ce que je vais le regretter toute ma vie ?
– Est-ce que rester ensemble nous rend meilleurs, ou est-ce qu’on se retient mutuellement ?

Et si, après toute cette réflexion, vous réalisez que vos chemins ne peuvent pas se rejoindre, ce n’est pas un échec.

C’est de la lucidité.
C’est du respect.
C’est de l’amour aussi.


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