Totale transparence ou jardin secret?
Faut-il tout se dire pour être honnête ?
Peut-on garder des choses pour soi sans mettre en péril la relation ?
Est-ce qu’un silence est forcément un mensonge ? Et à l’inverse, est-ce qu’une parole sincère est toujours utile, toujours juste ?
Si la confiance peut s’accorder de zones mystérieuses, les malentendus ou les tabous peuvent facilement gangrener une relation.
L’exigence de transparence peut devenir une prison, et les cachoteries, des espaces de respiration nécessaires… mais risqués.
Les bénéfices de chaque pôle
Se dire les choses, c’est savoir exactement où se trouve l’autre. C’est pouvoir montrer tout de soi, être accepté tel que l’on est, et accepter l’autre en connaissance de cause.
La parole crée une intimité profonde, elle ancre la confiance, elle permet de construire une vision partagée.
Mais garder pour soi certaines choses, c’est aussi exister en tant que personne.
C’est préserver un espace personnel, entre soi et soi.
C’est ne pas tout exposer.
C’est laisser du mystère, une zone de respiration, parfois même une part de désir.
Parce que le désir, justement, a besoin de distance, d’inconnu, de fantasme.
Et que la fusion, elle, peut étouffer le lien et appauvrir la dynamique.
Il n’y a donc pas de réponse unique : ce qui compte, c’est de trouver un équilibre juste entre ces deux pôles.
Un espace où chacun puisse se sentir libre, respecté, relié — sans contrôle, sans trahison, sans injonction à tout dévoiler.
Communication, confiance, contrôle… et insécurité
Il y a une différence entre dire pour exister, dire pour relier, dire pour rassurer… ou dire pour exiger, pour obliger, pour obtenir.
Et une différence aussi entre se taire pour préserver un espace personnel… ou pour éviter, fuir, manipuler.
Poser ces nuances permet de sortir des jugements binaires.
On ne communique pas forcément mieux en parlant plus.
On ne trahit pas forcément en gardant pour soi.
Mais il ne s’agit pas non plus de balayer les peurs d’un revers de main en les traitant de « manque de confiance ».
Les insécurités peuvent venir de blessures personnelles, de récits intérieurs, de manques affectifs, parfois anciens. Elles fonctionnent alors un peu comme une peur des araignées : elle existe, elle parle de moi, elle est irrationnelle mais réelle, et mérite d’être entendue.
Mais d’autres fois, la peur est une réponse juste à une réalité. On n’a pas peur pour rien : il y a un tigre dans la pièce.
Et dans ce cas, ce n’est pas une insécurité personnelle à « gérer » : c’est un signal d’alarme à écouter.
Il est donc essentiel de distinguer :
- Est-ce que j’ai peur parce que je projette mes blessures anciennes ou des représentations menaçantes ?
- Ou est-ce que j’ai peur parce que quelque chose, ici et maintenant, ne me respecte pas ou me met en danger ?
Ce discernement-là est fondamental. Il évite de culpabiliser celui ou celle qui a peur… tout en évitant aussi que l’autre soit constamment accusé ou tenu responsable d’émotions qui ne relèvent pas de lui.
À chacun sa voie, mais pas sans cadre
L’enjeu est donc moins de trancher entre « dire » et « taire », que d’identifier la posture juste.
La clé, ce sont les valeurs partagées.
Si je sais que mon ou ma partenaire agit à partir de valeurs communes — respect, écoute, consentement, loyauté au sens que nous lui donnons ensemble — alors je peux me sentir en sécurité même sans tout savoir.
Je n’ai pas besoin de vérifier ou de contrôler.
Et je peux offrir cette même confiance en retour.
Mais si je perds de vue qui est l’autre, si le flou s’installe, si les silences me coupent de lui ou d’elle, alors la relation s’appauvrit. On ne sait plus où est l’autre, on commence à fantasmer, à projeter… et la confiance s’effrite.
Tout dire n’est pas toujours nécessaire. Mais se dire ce qui est important — ce qui a du sens, ce qui engage, ce qui bouscule — est essentiel pour rester connectés.
Garder un jardin secret, ce n’est pas poser des murs. C’est cultiver un espace intérieur, dans le respect de soi, dans le respect du lien, et dans la conscience de ce qui, s’il restait tu, finirait par déformer la relation.