Singularité relationnelle : créer un lien à votre image
Et s’il n’existait pas une seule bonne manière d’être en couple monogame, mais des millions de liens singuliers à inventer ? La singularité relationnelle, c’est refuser le script monogame imposé et oser une œuvre sur mesure.
Les modèles sont rassurants… mais limitants
Depuis l’enfance, on nous montre ce à quoi un « vrai » couple monogame devrait ressembler : cohabitation dès le début, fusion romantique, partage de tout, rôles complémentaires, sexualité régulière, projets communs. Ce sont des archétypes puissants, parfois apaisants, souvent aliénants.
Quand votre lien ne correspond pas à ces modèles (pas de cohabitation après 5 ans, besoins différents de temps seul·e, sexualité qui a changé, pas d’envie d’enfants, territoires personnels), on doute : « Est-ce que c’est encore un vrai couple ? »
La réponse de la Créativité Relationnelle est claire : c’est un vrai couple si c’est vrai pour vous.
La singularité, ce n’est pas l’originalité à tout prix
Il ne s’agit pas de fuir les cadres pour la beauté du geste, ni d’inventer une relation-bisounours-sans-règles. Il s’agit de co-créer une forme relationnelle cohérente avec vos valeurs, vos limites, vos désirs.
Cela peut ressembler à :
- Un couple qui vit dans deux appartements séparés depuis 10 ans — et s’en porte très bien ;
- Un couple fusionnel dans sa vie quotidienne, mais qui se donne le droit d’avoir des amitiés profondes en dehors ;
- Un couple très classique dans la forme, mais fondé sur des permissions non négociables d’autonomie intérieure ;
- Un couple qui a choisi de ne pas avoir de sexualité ensemble, mais partage tout le reste ;
- Un couple qui se voit seulement les week-ends par choix, pas par contrainte.
La singularité, ce n’est pas l’excentricité. C’est la précision. La conscience. L’adéquation fine entre ce que vous vivez et ce que vous voulez vivre.
Créer sa propre carte relationnelle
Ce travail de singularisation demande souvent du courage :
- Celui de décevoir des attentes implicites : vos parents qui attendent que vous viviez ensemble, vos amis qui ne comprennent pas pourquoi vous n’avez pas d’enfants, la société qui vous dit que « c’est comme ça qu’on fait » ;
- Celui de se situer sans modèle clair : quand personne autour de vous ne vit comme vous, il faut inventer sans repères extérieurs ;
- Celui d’affronter ses propres doutes : « Est-ce qu’on fait ça parce qu’on a peur de s’engager vraiment ? Ou parce que c’est ce qui nous convient ? »
Mais ce courage ouvre un champ immense de liberté intérieure. Et cette liberté, une fois partagée avec l’autre, devient un espace d’ajustement, d’exploration, de co-construction.
Vous ne suivez plus un script. Vous écrivez le vôtre.
Exemples concrets de singularités monogames
Le couple à géométrie variable
Julie et Marc sont ensemble depuis 8 ans. Ils vivent ensemble 3 jours par semaine, chacun·e garde son appartement les autres jours. Leurs amis trouvent ça bizarre. Eux, ça les sauve. Ils ont besoin d’espace pour exister pleinement. Ce n’est pas un manque d’amour. C’est une écologie du lien.
Le couple sans sexualité
Sophie et Thomas s’aiment profondément. Ils partagent tout : projets, intimité émotionnelle, vie quotidienne. Mais ils n’ont plus de sexualité depuis 3 ans. Ils ont longuement exploré pourquoi, ensemble et chacun·e de son côté. Et ils ont décidé que c’était OK. Leur couple est singulier, mais il est vrai.
Le couple fusionnel assumé
Léa et Antoine passent tout leur temps ensemble. Ils travaillent dans le même espace, partagent tous leurs loisirs, ont les mêmes amis. On leur dit souvent qu’ils « devraient » avoir plus d’autonomie. Mais eux s’épanouissent dans cette fusion. Ils l’ont choisie consciemment. C’est leur singularité.
Le couple long-distance par choix
Emma vit à Paris, Paul à Lyon. Ils pourraient vivre ensemble — leurs boulots le permettent. Mais ils ont décidé de garder cette distance. Ils se voient tous les week-ends, se parlent tous les jours. Cette géographie les nourrit. Ils ont inventé leur propre modèle.
Pourquoi c’est un concept fondamental en Créativité Relationnelle
La singularité relationnelle est le cœur battant de la Créativité Relationnelle. Elle suppose :
- De reconnaître l’altérité irréductible de chaque couple : ce qui fonctionne pour vos amis ne fonctionnera peut-être pas pour vous ;
- D’oser dire : « Ce lien mérite mieux qu’une case toute faite, il mérite une création consciente » ;
- De prendre acte que la fidélité la plus profonde n’est pas au modèle social, mais au vivant : à ce qui est vrai pour vous, aujourd’hui, dans votre couple unique.
Dans cette perspective, la singularité n’est pas un luxe. C’est un point de départ. C’est ce qui rend la relation vraie, parce qu’elle est habitée de l’intérieur — pas appliquée de l’extérieur.
Les questions que pose la singularité relationnelle
Créer votre singularité relationnelle, c’est vous poser ces questions (seul·e d’abord, puis ensemble) :
- Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi dans cette relation ? (Pas ce qui « devrait » compter, mais ce qui compte vraiment)
- Qu’est-ce que je vis actuellement qui ne me convient pas ? (Même si ça ne semble pas « grave »)
- Qu’est-ce que je n’ose pas demander ? (Par peur du jugement, de la rupture, du rejet)
- Si je pouvais inventer mon couple idéal, il ressemblerait à quoi ? (Sans censure, sans « c’est impossible »)
- Qu’est-ce que je garde juste parce que c’est « normal » ? (Cohabitation, fréquence des rapports sexuels, partage des tâches, rituels imposés…)
Ces questions ne garantissent pas que tout sera facile. Mais elles garantissent que vous aurez été honnêtes. Que vous aurez essayé. Que vous ne vous serez pas perdus dans un script qui ne vous appartient pas.
La singularité n’est pas figée
Votre singularité relationnelle aujourd’hui ne sera peut-être pas celle de demain.
Il y a 5 ans, peut-être que vous aviez besoin de fusion. Aujourd’hui, vous avez besoin d’autonomie. Dans 3 ans, peut-être que ça changera encore.
La singularité, c’est aussi accepter que le lien évolue. Que ce qui fonctionnait ne fonctionne plus. Que vous avez le droit d’ajuster. De redéfinir. De recommencer.
Ce n’est pas de l’instabilité. C’est de la vitalité.
Conclusion
Créer un lien singulier, c’est dire à l’autre : « Je ne te propose pas un rôle à jouer. Je t’invite dans une œuvre à co-créer. »
C’est renoncer aux gabarits préfabriqués pour oser une écriture à deux. Ce n’est pas plus facile. Mais c’est infiniment plus vivant. Infiniment plus vrai. Infiniment plus vous.
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