LUCIDITÉ RELATIONNELLE : voir clair, sans fuir, sans blesser

Aimer en monogamie, ce n’est pas idéaliser. C’est voir. Voir ce qui est vivant, ce qui est bancal, ce qui se répète, ce qui se tait. La lucidité relationnelle n’est pas un constat froid — c’est une forme de tendresse active.


La tentation du flou

Dans bien des couples monogames, on préfère ne pas trop regarder. On fait comme si. On se rassure avec des phrases toutes faites : « Tous les couples ont des hauts et des bas », « C’est normal de s’ennuyer un peu après X années », « L’amour, c’est un choix, pas un sentiment ».

Tout ça n’est pas faux. Mais ça peut aussi servir de cache-misère pour éviter de voir ce qui ne va pas vraiment.

La lucidité relationnelle, c’est accepter de regarder en face :

  • Ce qui fonctionne encore (et pourquoi)
  • Ce qui ne fonctionne plus (et depuis quand)
  • Ce qu’on fait semblant de ne pas voir
  • Ce qu’on espère qui va « passer tout seul »
  • Ce dont on a vraiment besoin (pas ce qu’on devrait vouloir)

Ce n’est pas du pessimisme. C’est de la lucidité. Et c’est ce qui permet d’ajuster avant que tout explose.


Voir ce qui est, pas ce qu’on voudrait que ce soit

Beaucoup de couples monogames vivent dans l’idéalisation différée :

  • « Quand on aura une maison, ça ira mieux »
  • « Quand les enfants seront grands, on retrouvera notre couple »
  • « Quand iel aura changé de boulot, iel sera moins stressé·e »
  • « Quand on aura plus d’argent, on arrêtera de se disputer »

Ces phrases cachent souvent un refus de voir ce qui est maintenant :

  • Peut-être que le problème n’est pas la maison, mais votre manière d’être ensemble
  • Peut-être que vous avez perdu votre couple en devenant parents, et qu’il ne reviendra pas « tout seul »
  • Peut-être que le stress de l’autre n’est pas le problème, mais votre manière de le gérer ensemble
  • Peut-être que l’argent n’est qu’un symptôme d’autre chose

La lucidité, c’est arrêter de projeter le bonheur dans un futur hypothétique et regarder ce qu’il y a à voir maintenant.


Les questions que pose la lucidité relationnelle

Être lucide dans votre couple monogame, c’est oser vous poser ces questions (même si elles font peur) :

Sur le lien actuel :

  • Est-ce que je suis heureux·se dans cette relation ? (Pas « est-ce que je devrais l’être », mais est-ce que je le suis vraiment)
  • Qu’est-ce qui me nourrit encore ? (Concrètement, pas en théorie)
  • Qu’est-ce qui me pèse ? (Et depuis combien de temps ?)
  • Qu’est-ce que je ne dis pas ? (Et pourquoi ?)

Sur moi :

  • Est-ce que je me reconnais encore dans cette relation ?
  • Est-ce que je me perds pour faire durer le lien ?
  • Qu’est-ce que je renie de moi pour que ça marche ?
  • Est-ce que je reste par amour ou par peur ? (Peur de la solitude, du jugement, de l’échec…)

Sur l’autre :

  • Est-ce que je vois vraiment qui iel est devenu·e ? (Pas qui iel était il y a 5 ans, pas qui je voudrais qu’iel soit)
  • Est-ce que j’accepte qui iel est vraiment ? (Ou est-ce que j’espère toujours qu’iel va changer ?)
  • Est-ce que je l’aime pour ce qu’iel est, ou pour ce que notre lien représente ?

Lucidité ≠ Cynisme

Être lucide, ce n’est pas chercher ce qui ne va pas. Ce n’est pas devenir cynique ou désabusé·e.

C’est voir ce qui est, avec douceur et honnêteté.

Parfois, la lucidité révèle que ça va mieux qu’on ne le pensait :

  • « On se dispute beaucoup, mais en fait on communique. On ne se tait pas. »
  • « Notre sexualité a changé, mais notre intimité est toujours là. »
  • « On n’est pas fusionnels, mais on se respecte profondément. »

Parfois, elle révèle que ça ne va pas :

  • « On fait semblant depuis 2 ans. »
  • « Je reste par habitude, pas par envie. »
  • « On s’aime, mais on ne se convient plus. »

Dans les deux cas, voir clair permet d’agir consciemment — au lieu de subir.


Exemples concrets de lucidité relationnelle

Le couple qui se ment sur sa sexualité

Julie et Marc n’ont plus de sexualité depuis 18 mois. Ils font comme si c’était « passager ». Ils évitent le sujet. La lucidité les aide à voir : ce n’est pas passager. C’est installé. Et ça les fait souffrir tou·te·s les deux. Ils décident d’en parler vraiment. Ça ne résout pas tout, mais ça arrête le mensonge.

Le couple qui s’accroche à un projet qui ne les unit plus

Sophie et Thomas ont toujours dit qu’ils voulaient des enfants. Mais aujourd’hui, ni l’un ni l’autre n’en a vraiment envie. Ils continuent à en parler parce que « c’était le plan ». La lucidité les aide à voir : ce projet ne les porte plus. Ils s’autorisent à changer d’avis. Le lien respire à nouveau.

Le couple qui confond amour et habitude

Léa et Antoine sont ensemble depuis 10 ans. Ils s’aiment « bien ». Mais quand Léa se pose vraiment la question, elle réalise : elle reste parce que c’est confortable, pas parce qu’elle choisit vraiment Antoine. La lucidité fait mal. Mais elle permet de prendre une décision consciente : rester en se choisissant vraiment, ou partir avec honnêteté.


Pourquoi c’est un concept fondamental en Créativité Relationnelle

La lucidité relationnelle renverse l’idée que « l’amour rend aveugle » ou que « dans un couple, il faut savoir fermer les yeux sur certaines choses ».

Non. Dans un couple sain, on ne ferme pas les yeux. On voit, et on agit en conséquence.

Parfois, voir permet d’ajuster. Parfois, voir permet de partir. Mais dans les deux cas, on est vivant·e — pas en pilote automatique.


Conclusion

La lucidité relationnelle, ce n’est pas facile. Ça demande du courage. Ça fait parfois mal. Mais c’est ce qui permet de vivre un couple vrai, pas un couple de façade.

C’est voir clair, sans fuir, sans blesser — et c’est peut-être la forme de respect la plus profonde qu’on puisse offrir à un lien.

Même en monogamie. Surtout en monogamie.

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