Parler aux enfants quand on est un couple ouvert – Outil de réflexion


Pourquoi cet outil

Il n’y a pas de méthode toute faite pour parler aux enfants de son modèle relationnel.
Mais il y a des questions essentielles à se poser avant d’ouvrir la parole : ce que tu veux dire, ce que tu veux préserver, ce que tu veux transmettre.
Cet outil t’aide à y voir plus clair : non pour savoir s’il faut le faire, mais pour savoir comment, pourquoi, et à quoi être attentif·ve.


1. Pourquoi en parler (ou pas)

Avant de parler, il est utile de clarifier ce qui motive (ou freine) le fait d’ouvrir ce sujet avec un·e enfant.

  • Est-ce que je sens un besoin de transparence ? De cohérence éducative ? De soulagement ?
  • Est-ce que je me sens poussé·e par un événement (ex. : question posée, tiers qui pourrait en parler à ma place) ?
  • Ai-je peur de mentir… ou peur d’être jugé·e comme “mauvais parent” ?
  • Est-ce que je veux que mon/mes enfant(s) sachent tout… ou juste comprennent qu’il existe des formes de relation différentes ?
  • Est-ce que c’est un besoin qui vient de moi… ou un besoin projeté sur eux/elles ?

2. Ce que je veux transmettre (et ce que je veux éviter)

Il n’y a pas qu’une seule manière de dire. Ce que tu choisis de transmettre construit un cadre, pas un exposé.

  • Est-ce que je veux affirmer une valeur (ex. : liberté, sincérité, égalité) ?
  • Est-ce que je veux éviter de donner une image floue, ou à l’inverse trop détaillée ?
  • Quelle place je veux que ce modèle ait dans leur représentation du couple / de la famille ?
  • Ai-je peur qu’ils “fassent pareil”, qu’ils “ne comprennent pas”, ou qu’ils soient confus ?
  • Qu’est-ce que je veux qu’ils retiennent de ce que je vis ? Une vision ? Une confiance ? Un cadre ?

3. Adapter le discours à leur âge, leur langage, leur cadre

Ce n’est pas ce que tu dis qui compte le plus, mais ce qu’ils/elles peuvent réellement entendre, digérer, relier à leur monde.

  • Quel est leur âge, leur niveau de compréhension des relations, leur curiosité naturelle ?
  • Est-ce que j’utilise des mots concrets (amis, amoureux, lien…) ou des concepts (relation ouverte, polyamour…) ?
  • Est-ce que j’introduis la différence comme un fait (“il y a plusieurs façons de…”), ou comme une exception (“nous, on ne fait pas comme tout le monde”) ?
  • Ai-je vérifié qu’ils/elles ont bien compris ce que je voulais transmettre ?
  • Est-ce que je crée un espace de parole, ou est-ce que je déverse une explication trop adulte ?

4. Préparer les effets secondaires (familiaux, scolaires, sociaux…)

Parler aux enfants, c’est aussi se préparer à ce que la parole circule ailleurs. Être lucide n’empêche pas d’être libre.

  • Que se passera-t-il si mon enfant en parle à ses grands-parents ? À un·e enseignant·e ? À un·e ami·e ?
  • Ai-je envie qu’il/elle garde cela pour lui/elle ? Ai-je le droit de le demander ?
  • Est-ce que je suis prêt·e à assumer ce que ça provoque dans l’entourage ?
  • Est-ce que j’ai identifié les soutiens, les risques, les lieux où ce discours est plus ou moins recevable ?
  • Est-ce que je veux que cette parole reste intime… ou serve aussi à normaliser d’autres modèles ?

5. Ce qui soutient la parole (ou l’ajourne)

Il n’y a pas de bon moment. Mais il y a des conditions qui rendent la parole vivante, juste, et évolutive.

  • Est-ce que je suis au clair avec moi-même sur ce que je vis ?
  • Est-ce que mon/ma partenaire est aligné·e avec moi sur ce qu’on dit ?
  • Est-ce que je parle dans un moment calme, disponible, propice à l’écoute ?
  • Est-ce que je suis prêt·e à répondre à leurs questions… ou à leur silence ?
  • Est-ce que je suis prêt·e à dire “je ne sais pas encore” ?
  • Est-ce que je peux accepter que cette parole s’ouvre en plusieurs fois, avec des allers-retours ?

À garder en tête

Parler aux enfants, ce n’est pas leur tout dire.
C’est leur donner des repères stables dans un monde mouvant.
Ce n’est pas affirmer que ton modèle est le bon.
C’est leur montrer qu’il existe plusieurs manières d’aimer et de se respecter — et que chacun·e peut, un jour, faire ses propres choix… sans honte, sans peur, et sans avoir à se cacher.